Galetas, Chasse et Paysages
En Savoie, un galetas est un grenier ou un débarras où l'on conserve ce dont on n'a plus
l'usage ou surtout ce qui est cassé mais qui pourrait servir !
Dans cette pièce, il y avait deux galetas qui ne
communiquaient pas :
- au niveau inférieur où vous êtes, un galetas
accessible uniquement par la porte du balcon,
- juste au-dessus, sur un plancher en planches de sapins
posées sur les poutres, un autre galetas accessible depuis le grenier situé au
niveau des claies à noix : vous pouvez encore voir la porte qui lui donnait
accès. Pour les enfants, y aller représentait aller au bout du monde !
En aménageant la ferme pour en faire un lieu de réception,
une sortie de secours a été créée pour la grange Charles-Albert : il a fallu
ouvrir le mur et installer l’escalier qui descend vers la cour. Le parti d'en
faire un seul volume allant jusqu'au toit donne cet espace ! Les animaux
empaillés conservés dans le domaine y ont trouvé naturellement leur place !
Vous pouvez observer des rapaces, des grands
gibiers, la peau du dernier ours tué en Savoie en 1892, des rongeurs, et autres
animaux, ainsi que des pièges à loup... Et même une cage à oiseau !
Il faut dire que la chasse a joué un rôle très
important dans le passé tant pour s'approvisionner en viande que pour aménager
les territoires et donc les paysages. Ce fut spécialement le cas en
Savoie avec ses grandes vallées et ses alpages.
Jusqu’au XVIIIe siècle, dans les basses vallées issues de la fontes d’anciens glaciers, les rivières occupaient de larges espaces au gré de leurs déambulations. Les castors, par leur art de vivre, favorisaient l'étalement des rivières et la constitution de zones marécageuses, sources d’épidémies. La chasse des castors, plus par piégeage que par des tirs, et leur élimination durant les XVIIe et XIIIe a ensuite facilité les grands travaux de canalisations du XIXe, comme ce fut le cas pour l'Arve ou l'Isère en 1824-1853. Sur ces fonds de vallées colmatées, s’est alors développé une agriculture bien plus aisée grâce aux terrains plats. Au XXe, l’exploitation intensive des graviers de ces rivières canalisées a provoqué leur enfoncement. Puis au long de ces rivières, routes nationales et autoroutes y furent implantées.
A Giez, l'Eau Morte divaguait avec de larges lacets. Elle dut contourner une digue du moyen age rejoignant la « tour de l’Isle », pour traverser la vallée. Il s’y installa un marécage aujourd’hui protégé et géré par Asters. 400 espèces y ont été recensées ! Entre marécages et zones agricoles, de petits canaux étroits furent creusés sur un mètre de profondeur : ce sont les "tarats" toujours existants. A leurs alentours, les roseaux furent fauchés et utilisés comme litières pour les animaux, la "blache". Des castors re-implantés au bout du lac se sont installés à nouveau jusque dans les marais de Giez. Il est maintenant envisagé de recréer les méandres de l’Eau morte canalisée seulement en 1950…
Ces éternels recommencements recréent la biodiversité d’origine, et ralentiront le cours de l’Eau Morte afin éviter le transport des graviers jusque dans les marais.
Plus tard au XIXe, la Savoie malgré la grande saignée humaine des 25 ans
de guerres révolutionnaires et napoléoniennes, la natalité augmenta fortement et bientôt les espaces cultivables
manquèrent. Les hommes allèrent alors rechercher des terres plus hautes. Ils y
rencontrèrent l'ours, animal plutôt imprévisible et omnivore. Malgré son
allure impassible et attendrissante, il terrifiait les populations, tout en vivant sur de larges
espaces.
En 1844, l'ours a été déclaré nuisible en France, mais pas en Savoie
alors toujours partie du Royaume de Piémont Sardaigne.
Dans les Alpes, pour
travailler sans crainte les espaces d'altitude, on chassa l'ours par tous les moyens :
- On construisit des fosses à ours, comme celle de Montangelier près de
Giez (voir photo) en pensant qu'il se laisserait séduire par une belle proie
dans une fosse creusée sous terre dont il ne pourrait pas ressortir !
- Des
battues furent organisées favorisées par la diffusion des armes à feu dans les
campagnes. Ces battues devinrent systématiques à partir de 1860 dans le Vercors
et les Bauges.
- On le chassa aussi à la manière d'un trappeur, en les pistant,
puis en organisant un piège en les forçant à charger à un endroit où
l'attendait le tireur. C'est ce que fit Charles Albert de Chevron Villette en 1888
et 1892, comme vous le lirez sous l'article la peau de l'ours.
Ainsi au cours du XIXe près de 800 ours furent
tués dans les Alpes.
Auparavant dans tout l’arc Alpin, le loup fut
l’objet des pires peurs depuis le moyen-âge, et l’imaginaire populaire le
rendit craint et respecté. Partout il fut chassé par nécessité. La poudre et le
fusil n'étant pas largement répandu, le piégeage fut la principale méthode pour tenter de l’éliminer,
comme avec les pièges de ce galetas. Avec la généralisation des armes à feu au XIXe, son élimination devint totale.
Il en resta en permanence versant italien
des alpes : en effet, le roi Victor-Emmanuel II de Savoie avait déclaré « Réserve
royale de chasse » le territoire du Grand Paradis qui devint en 1922 le « Parc
National Italien du Grand Paradis » jouxtant le « Parc National de la
Vanoise » créé en 1963. Le roi Victor-Emmanuel II avait aussi formé un corps de garde
spécialisé œuvrant à la protection des espèces.
C’est par ce biais que le loup
revint dans les Alpes ; de nos jours, sa présence est importante, des
meutes parcourent les secteurs de la Sambuy, des Bauges, de la Tournette ou des
Aravis.
Le loup à nouveau présent entre en conflit comme autrefois avec les
alpagistes obligés de protéger leurs troupeaux avec de gros chiens, les patous.
Et ces derniers sont craints par les touristes, sportifs ou trailers !
Ainsi la chasse a profondément marqué les
paysages et ses usages des contrés de Savoie au cours de ces derniers siècles !
Cet espace avec des objets du domaine de Gy nous remémorent ces évolutions de perception.
Ci-après, quelques gravures illustrent ces
périodes et les ressentis d'alors.
ORIGINES des ANIMAUX et ARMES :
• les têtes de cerfs, sangliers, chamois, chevreuils et mouflons proviennent de dons de chasseurs du village au propriétaire des lieux ; ils disposent de leurs bagues.
• la peau d'ours de même que l’ours conservé au château de Gy, sont les deux ours tués en 1888 et 1892 par Charles-Albert de Chevron Villette (1843-1922) dans la combe d'Ire et conservés sur le domaine de Gye. (*)
• les trophées sont de la toute fin du XIXe et ont été rapportés d’Amérique du Sud par Bernard de Chevron Villette. (*)
• le castor provient d’« Art et Nature » taxidermiste dans les Vosges à partir d'une peau achetée au Canada. Il dispose d'un certificat.
• les autres animaux proviennent du château de Gy. (*)
• les pièges proviennent du domaine de Gy. Ils sont soudés et rendus inutilisables. (*)
• les armes du XIXe et du début du XXe siècle proviennent du château de Gy. Elles sont restaurées d’aspect et rendus inutilisables (*)
(*) Toutes les têtes et objets repérées par (*) étaient présents sur le domaine de Gy à la date du 24/02/1977 lors du décès de mon père, Charles-Albert de Chevron Villette (1920 - 1977) qui les avait rassemblés dans les années 1950 à 1970 à partir de dons de chasseurs du village.
Leur installation dans ce galetas les fait connaitre au public au lieu de dormir dans des greniers…
De nos jours, de nombreux animaux sont protégés et sur la commune de Giez :
- Les ours n’est plus présent, comme dans les Alpes,
- Les loups circulent entre Bornes et Bauges,
- Les castors ont été réintroduits au bout du lac et remontent jusque Giez,
- Ecureuils, renards, martes, fouines, marmottes,chamois, chevreuils, mouflons, sangliers, cerfs, renards, blaireaux, hérons, faisans, buses, etc… sont présents en nombre.